Interview du créateur

RENCONTRE AVEC LE CREATEUR ET FONDATEUR DE LA MAISON CILÉA

Aujourd’hui rencontrez Stéphane Ravel, le créateur de Ciléa Bijoux ! Depuis 1992, c’est lui qui est derrière les bijoux que vous aimez tant. Originaire de Paris, il est considéré comme un créateur inclassable. Autodidacte et persevèrant, il se cache derrière l’appellation « Monsieur Anémone » auprès de ses clients. Interviewé par ses filles, Améline et Ambre, il se dévoile pour la première fois.

 

MONIQUE VEDIE, circa 1970 (pièce unique), Artcurial

 

 

 

A&A : Quel a été ton parcours avant de créer Ciléa Bijoux ?

S: Je n’ai pas eu de formation artistique ni de mode, mais de comptabilité. Mes parents étaient tous les deux professeurs des écoles, ma mère en français et mon père en mathématiques, je n’ai pas grandi avec un entourage particulièrement intéressé par l’art ou la mode. Ma passion pour la fabrication de bijoux m’est venue beaucoup plus tard, dans ma vingtaine. Je suis tombé vraiment par hasard dans ce domaine. Initialement, je sortais d’études avec un baccalauréat en poche, et j’étais un peu perdu quant à mes projets professionnels. J’ai entamé des études de comptabilité pour devenir expert-comptable. C’est à peu près à cette période que j’ai rencontré par le plus grand des hasards Monique Védie (élève de la bijoutière Line Vautrin). Je n’avais aucune formation en bijouterie, j’ai tout appris sur le tas finalement. Il m’a fallu des année pour apprendre ce savoir-faire. Je peux le dire aujourd’hui, mes premières créations n’étant pas des plus jolies ! Mais avec du temps, de la perseverance et beaucoup de passion, j’ai perfectionné ma maitrise de la matière. Aujourd’hui encore je découvre régulièrement des moyens d’améliorer notre façon de faire, et de nouveaux moyens de travailler la matière. 

 

A&A : D’ou t’es venue l’envie de créer la marque Ciléa Bijoux ?

S: J’ai rencontré Monique Védie par l’intermédiaire d’un ami. Elle était alors déjà très impliquée dans le monde de l’artisanat d’art, et souhaitait prendre une retraite anticipée. Elle cherchait un repreneur de son matériel de fabrication. Cette rencontre a été pour moi un coup de foudre pour le travail qu’elle exerçait, que je n’avais jamais vu auparavant. Elle façonnait des épingles et broches d’une originalité vraiment incroyable, le tout à partir de la matière Talosel. Une grande amitié s’est alors nouée entre nous. J’étais inexpérimenté et je me suis retrouvé avec des équipements dont j’ai du rapidement apprendre les gestes de manipulation, mais j’étais assez démuni au départ. Il m’a fallu plusieurs années avant de complètement tout maitriser. A l’époque, je n’avais pas d’atelier de travail, je façonnais mes premiers bijoux dans le petit studio parisien que j’occupais avec ma compagne.

Stéphane en train de fabriquer des bijoux dans l’atelier

 

A&A: Peux-tu expliquer pourquoi as-tu appelé la marque Ciléa ? 

S: Ma femme s’appelle Célia, j’ai tout simplement échangé deux lettres de son prénom. Je suis assez instinctif, quand une idée me plait, je ne réfléchis pas très longtemps avant de la valider.
Cette aventure, finalement, représente assez bien mon amour pour ma femme et pour les bijoux d’art ! 

A&A : Pourquoi les bijoux de haute fantaisie ?

Je prenais des cours de dessin à l’époque et je pense toujours avoir eu un penchant pour le domaine de l’art. Je peins beaucoup et j’aime l’idée d’avoir la liberté de m’exprimer au travers de plusieurs supports. L’art est évidemment une partie intégrante de ma vie, et je suis très reconnaissant de l’épanouissement qu’il m’apporte chaque jour. M’exprimer au travers des bijoux est une autre facette de ce moyen d’expression, une facette joyeuse et ludique pour mois. Par exemple le choix des couleurs est un jeu de tous les jours. Il y a des combinaisons de couleurs faites totalement par hasard et qui plaisent beaucoup à nos clientes, et à l’inverse d’autres que je trouve magnifiques mais qui ne plaisent pas du tout !
Et puis, c’est très satisfaisant de se dire qu’on embellit un petit peu la vie des gens à notre échelle. Nous avons pas mal de retour de personnes très enthousiastes qui nous remercient de l’univers que l’on crée, du bonheur que l’on procure à leur proche ou à eux-même. L’aspect personnel et unique de nos créations touche beaucoup. Cette partie du travail, je ne l’échangerais pour rien au monde.

Le modèle iconique « Anémone » crée en 1995. 

A&A : Quelle est ta pièce Ciléa préférée ? 

Hmmmm, difficile de choisir ! Je vois les créations Ciléa comme des petits objets plutôt que des bijoux en tant que tels. J’aime beaucoup les petits personnages « Tiga » ou « Titille ». On s’amuse à leur créer de nouvelles tenues, trouver des motifs ludiques, des combinaisons de couleurs amusantes.
Et sinon, il y a l’Anémone, forcément ! Elle marque l’envolée de notre marque et son ouverture au monde, mais l’Anémone est également à l’origine de la rencontre avec notre distributrice Mme Stern (Magasin Françoise Montague), qui est devenue depuis une très grande amie. C’est un des premiers modèles que j’ai créés, et je ne réalise toujours pas l’engouement que cette fleur suscite encore aujourd’hui.

A&A : Comment est crée un nouveau bijou ? 

Mes inspirations sont très vastes. Un motif sur un vêtement, une fleur à la campagne, un oiseau à la fenêtre, une flaque d’eau. Un rien peu m’inspirer une idée pour un nouveau bijou ! J’ai une réelle appétence pour l’univers floral. J’accumule pas mal de livres sur la nature. Elle est une source d’inspiration inépuisable. Je pense avoir aussi une large influence qui découle d’une certaine forme d’art pictural. Des artistes comme Pablo Picasso, Francis Bacon, Pierre Bonnard ou Chaim Soutine m’insufflent une énergie débordante qui dictent plus ou moins indirectement certaines de mes créations. Je m’entoure généralement de musique pour m’inspirer. C’est vraiment primordial d’être dans un environnement apaisé pour créer.

Quand j’ai une idée, j’essaie de la mettre sur papier le plus vite possible. J’ai des cahiers entiers remplis d’esquisses. Ensuite j’essaie de perfectionner le croquis, de réfléchir aux matières à utiliser, aux volumes. Puis enfin, j’essaie de transformer le dessin en bijou ! Je teste plusieurs formes, plusieurs façons de faire. Par habitude, je crée d’abord des modèles pour ma femme. Il faut qu’ils lui plaisent car elle a beaucoup de gout et je sais que son appréciation est généralement une bonne marque de succès. C’est ma boussole. Je recommence plusieurs fois le processus avant d’obtenir quelque chose de ressemblant à mon idée initiale.  Et bien souvent, le bijou final n’a plus rien à voir avec mon idée initiale ! C’est très difficile d’épurer ses créations et de faire qu’elles accompagnent harmonieusement un visage ou un vêtement. A chaque collection c’est mon objectif principal. 

Pierre Bonnard, Vue du Cannet 1927, huile sur toile, 233,6 x 233,6 cm, Musée Bonnard, Le Cannet, don de la Fondation Meyer, dépôt du musée d’Orsay, Paris © RMN/ Patrice Schmidt

 

A&A : Ton conseil pour les jeunes entrepreneurs d’aujourd’hui et de demain ?

Selon moi, les principales qualités à avoir sont la rigueur. Il faut être organisé, rigoureux et constant dans ses actions. La moindre erreur d’inattention peut coûter cher !
Faire preuve de spontanéité est également un atout, il faut savoir s’écouter et se faire confiance. Agir vite et quand il le faut peut vous ouvrir beaucoup de portes inattendues. Mais attention, j’insiste bien sur le « quand il le faut » ! Certaines décisions méritent de prendre le temps de la réflexion et du recul. À vous d’évaluer selon la situation. 

A&A : Trois mots pour définir Ciléa? 

Légèreté, couleur et joie je pense…. Et amour bien sur !

 

Car la vie est une fête, célébrons-la avec un bijou Ciléa !